Dans le petit atelier situé au milieu de la galerie de décoration créée par son mari Jorick, Isabelle travaille sous la lumière de la verrière. Des pots encombrent les étagères et, posée sur des tréteaux, une porte d'armoire chinoise, la laque rongée. Des saynètes y évoquent les travaux des champs, mais des fentes profondes et des éclats laissent apparaitre le bois, enlaidissant l'objet.

« Ces difficultés apparentes, explique Isabelle de Marseul, m'impressionnent toujours un peu, mais l'expérience m'a appris qu'un bon nettoyage me permettra de mieux les comprendre ». II lui faudra ensuite procéder a des rebouchages successifs à l'aide de colle enrichie de blanc et de terre d'ombre. Ces enduits seront déposés à chaud, pour permettre une meilleure adhésion, et ils seront suivis, après ponçage, d'un autre apprêt, mais a froid cette fois-ci, en plusieurs couches.

Ensuite, la laquiste poncera la porte à l'aide d'un papier de verre ultrafin, afin de lui donner une surface plane. Elle y déposera des couches de laque successives qui, après les temps de séchage nécessaires, feront disparaitre les dégâts. II ne lui restera plus qu'à peindre les décors et à reposer les pentures de bronze sur la porte.

Pour une simple porte comme celle-ci, il aura fallu plusieurs semaines de travail. Pendant ce temps, bien entendu, Isabelle s'occupe d'autres pièces à restaurer ou de ses créations.

Son itinéraire professionnel a commence, tout a fait banalement, par la recherche d'un métier. Elle voulait faire un travail artistique manuel, où la peinture (elle est peintre par vocation) aurait une bonne place. Lors d'une visite d'atelier, elle a rencontré l'un des grands spécialistes de la profession, M. Simoneau. Elle a effectué chez lui son apprentissage, durant trois ans.

Puis elle a ouvert son propre atelier à Paris, avant de s'installer a Saint-Germain-en-Laye. Reconnue par les professionnels - antiquaires, ébénistes, décorateurs - et par de nombreux amateurs, elle reçoit aujourd'hui commande après commande.

Dans le showroom qu'elle portage avec son mari, au milieu de multiples meubles, bibelots, étoffes et objets voués a la décoration intérieure, des tableaux de laque crées par Isabelle accompagnent des paravents en vernis Martin, ce vernis occidental qu'utilisaient les vernisseurs européens au XVIII ème siècle pour imiter les vernis orientaux. Ces pièces précieuses côtoient une commode en laque de Coromandel et une autre, plus modeste, du XVlllème siècle, en laque de Chine. Voici encore un cabinet en laque du Japon du même siècle, où toutes les incrustations ont été restaurées avec patience. C'est lorsque des meubles comme celui-ci arrivent à l'atelier, en très mauvais état, que le talent de la laquiste se fait le plus sentir : la laque noire joue avec la lumière sans montrer le moindre défaut, et les petits sujets ont été redessinés a l'identique.

« J'effectue toutes les opérations de manière traditionnelle, m'attachant à fabriquer moi-même mes colles, mes couleurs, mes vernis », souligne l'artiste. Ce principe de base qui régit son activité, Isabelle en retire, a l'évidence, une certaine satisfaction. Elle prône la philosophie de la patience, c'est-a-dire l’art de prendre son temps pour bien faire les choses. « La laque sert à embellir et protéger le mobilier ou les bibelots de décoration, dit-elle. C'est un métier qui réclame de la passion, de l'humilité et du savoir. Et je travaille à la manière des maitres chinois et japonais. Tout comme eux, je pense que les objets ont une âme ».

On comprend alors que cette jeune femme ait reçu la distinction de Meilleur Ouvrier de France.

 

Georges CARLIER
Journaliste
http://www.vmf.net/

Vidéo

Extrait d'un interview .. :: Isabelle de MARSEUIL MONTERAN présente un projet qui lui tient à coeur, la création d'un immense paravent sur le theme du Jazz ... Extrait d'un interview ..
Isabelle de MARSEUL MONTERAN présente un projet qui lui tient à coeur, la création d'un immense paravent sur le theme du Jazz ...

Les techniques

Isabelle travaille avec des colles naturelles, animales pour la plupart, des poudres de craies, d'argile pour constituer ses apprêts, des pigments de couleur, des vernis gras ou à l'alcool (ceci en fonction des objets à restaurer).

Les vernis sont en morceaux, en paillettes et sont infusés dans l'essence ou l'alcool. Elle utilise des métaux précieux (argent, or, etc.), en poudre ou en feuilles, des poudres de métaux de cuivre, de bronze.

L'atelier

atelier01
L'atelier est éclairé par une verrière, indispensable pour la vérité de la couleur et la perfection du "fini".

Les murs sont entourés de pots contenant tous les pigments, poudres, encens, colles ainsi qu'un important fond documentaire.

Les visites sont possibles sur rendez-vous

expert

Dans le souci de valoriser les Métiers d'Art,  la société d'encouragement aux Métiers d'Art ( SEMA) a créé les prix SEMA jeunes et Grand Prix des Métiers d'art.

C'est à Nantes, le 21 novembre 2007, Isabelle de MARSEUL :: Prix SEMA 2007
que se réunissaient les membres du jury du prix SEMA régional, les candidates ayant remporté le prix SEMA départemental concourraient pour le prix régional.

Le Grand Prix des Métiers d'art qui vise quant à lui à récompenser des professionnels des métiers d'art ayant une maîtrise incontestable de leur savoir-faire, à été attribué à Mme Isabelle de MARSEUL-MONTERAN pour la restauration d'une laque anglaise effectuée sur un scriban du XIXe siècle .

Source :  Préfecture de la Mayenne